Voilà le début d'une quête écrite que j'ai lancé sur un forum de Roleplay... J'aime beaucoup ce texte, alors... Je vous le fais partager !
[Petit glossaire des termes :
"Céleste fantaisie et ignis" : Nom des deux continents qui composent le monde.
"Sylve de l'Erreur" : Nom de la forêt où se déroule l'action.]
La Nuit... Alliée inconsciente des pires horreurs que le monde abrite en son sein. La Nuit... Refuge indomptable de ceux qui fuyaient la lumière. Après tout, quoi de plus sécurisant qu'une Nuit sans lune, pour ceux dont le but était de terroriser les pauvres âmes innocentes de notre terre ? Ceux qui se complaisaient dans le Mal, dans un jeu sans espoir de retour pour ceux qui s'y retrouvaient mêler contre leur gré. Elle tombait sur Céleste Fantaisie, sur Ignis, voile obscur masquant la vie, du moins ses plus fragiles représentants. Une Nuit de cauchemar, une Nuit dont ils se souviendraient. La Nuit...
La Sylve de l'Erreur était baignée dans les ténèbres. Mer de panique au milieu d'un océan de monstruosité. Le vent soufflait doucement, sifflant, appelant tendrement les ombres des arbres à danser un ballet mortel en sa compagnie. Le froid prit pas sur le reste, insinuant frissons et épouvantes aux voyageurs égarés. Un murmure traversa le bois, insinuant frayeur et sursauts aux pauvres hères perdus entre les illusions issues du clair-obscur de la lune joueuse. Cette dernière, qui semblait valser avec les nuages en compagnie d'Éole afin de créer cette atmosphère si particulière. Morbide, c'était le mot.
Il marchait, bras croisés sur son torse. Il s'arrêta quelques secondes, regardant autour de lui, observant de ses yeux gris les alentours. On n'y voyait goutte. Il leva la main, et entortilla sa petite barbiche autour de son index. Il semblait réfléchir.
Hum... Où est-ce censé être... Je ne sais où... Et je n'arrive pas à me repérer... Peut-être à l'odeur ? Je ne vais tout de même pas... Non... Ce serait démesuré... Pas besoin, pour l'instant... Après tout, ce n'est qu'un... Oui... Oui, oui, oui...
Bruissement de feuilles, l'étreinte de la mort se rapprochait lentement. Il fixa le sol, se penchant légèrement, afin de constater qu'il ne voyait pas plus loin que ses pieds. La Faucheuse le regardait de haut. Un mortel de plus rejoignant son royaume. Elle sourit. D'une bourrasque, le vent l'accompagna dans son hilarité. La Nuit semblait acclamer ce moment fatidique, cet instant fatal. Il frissonna, sentant le souffle glacial courir le long de sa nuque.
Il sentit un poids se poser sur son épaule.
Son visage devint blême, se décomposant lentement, à l'image du cadavre qu'il allait sûrement bientôt devenir. Sa bouche se tordit en un rictus horrifié, et un son glauque et dissonant vibra depuis le fond de sa gorge. Il hurla. Ses yeux devinrent fous, bougeant de gauche à droite à une vitesse impressionnante. Une crampe lui saisit les boyaux, tandis qu'il tombait à genoux, tentant tant bien que mal de stopper son cri pour respirer afin de rallonger sa vie d'un instant de plus.
Puis, tout cessa. Il se remit debout, épousseta ses vêtements, et tourna la tête en haussant un sourcil, de surprise. Son visage avait repris un air sérieux, légèrement hautain. Il regardait la branche qui lui avait touché l'épaule.
Hum... Ce n'est qu'un morceau de bois... Rien de bien... Oui... Ce n'est pas... Non, impossible, pas déjà ! Hahaha, quel drôlerie. Je n'aurais jamais cru que... Et pourtant... Bon, continuons...
Il tendit le doigt devant lui, semblant indiquer un chemin qu'il ne pouvait voir, et s'y engagea sans plus attendre. Lorsqu'il disparut dans la Nuit, rien ne bougea pendant une dizaine de seconde. Puis, il revint sur ses pas, et prit une nouvelle route, manquant de peu la rencontre impromptue entre un arbre et sa boîte crânienne. Il sautilla en avançant, tel un enfant dans un marché de fruits, et se mit à fredonner.
“- Le jeu, le jeu, le jeu...”
Le jeu, le jeu, le jeu...
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“Sarah ? Marii ?”
Le pauvre homme tremblait de peur. Il avait serré ses poings sur son torse, et avançait en trébuchant à chaque pas, ou presque. Mais la panique ne le déviait pas de son objectif principal. Il n'avait pas peur pour lui. Il avait peur pour sa chair et son sang. Sa femme et sa fille étaient là, quelque part. Elles risquaient tout, en cette sombre Nuit. Un craquement retentit à gauche. Il sursauta, et tomba sur les fesses, reculant en poussant la terre avec ses pieds.
“- Marii ?”
Marii... Ma petite fille... Où es-tu ? N'ai pas peur, Papa va venir te sauver... Il n'y a pas de monstres... Papa va venir... Papa... Papa ! Viens m'aider...
Il devenait fou. L'ambiance, l'atmosphère, oppressante. Les bruits... Tout... Son esprit ne le supportait plus. Il se releva, et se mit à courir. Sans regarder où il allait. Ne voyant que la fuite. Puis, il ralentit, et il tomba à genoux, les pupilles presque dilatées. Il regarda le sol, et se mit à se balancer lentement, comme s'il serrait son propre corps dans ses bras.
Sarah, mon amour... Sarah... Tu es avec notre petite fille hein, notre enfant ? Marii... Je t'aime... Marii... Notre enfant ? Ne meurs pas... Ne meurs pas !
Elle apparut sur la tempe, à proximité des cheveux de l'homme. Ne pouvant lutter contre les lois de la gravité, elle commença à dévaler la pente des joues du pauvre hère agenouillé. Un toussotement, et elle se retrouva propulser en l'air, côtoyant pendant quelques secondes les cheveux tombant devant le visage de l'homme. Elle retomba brutalement, éparpillant un peu de sa substance sur le reste du visage. Puis, longeant lentement l'oreille, elle sembla hésiter à entrer dans la cavité olfactive qui s'ouvrit devant elle. Mais, finalement, elle réussit à ne pas s'y perdre, en la contournant habilement. Elle se retrouva rapidement à l'ombre, derrière le lobe, à l'abri du vent. Agréable position, mais malgré cela, elle ne put y rester. Encore ces satanés lois terrestres...Elle glissa doucement derrière la tête. Encore un toussotement. Cette fois, impossible de s'en sortir. Elle se décrocha de la peau si attirante, et tomba, tomba, sans pouvoir rien faire pour se sauver, sans une seule possibilité de se rattraper. Nombre de ses compagnes avaient terminé comme elle. Elle fendit l'air jusqu'au sol, s'écrasant dans un petit "ploc" sonore.
Tout à sa folie, il n'avait pas remarqué la goutte de sueur qui lui avait dévalé le visage. Il ne ressentait plus rien, ni souffrance, ni peur... Juste une perte de raison. Il ne sentit pas non plus la chose qui lui enserra brusquement la gorge.
Sarah, Marii...
En un instant, ce fut fini. Le noeud se resserra, le soulevant de terre, jusqu'à ce qu'il pende piteusement à la branche d'un arbre. La corde pénétra doucement ses chairs rougies, tandis qu'il ouvrit la bouche, poisson tentant désespérément de chercher l'air qui lui permettrait de ne pas souffrir durant ses derniers instants. Ses yeux se gorgèrent de sang, de l'écume baveuse dégoulina à la commissure de ses lèvres. L'ombre d'une branche souple fut projeté sur l'arbre.
L'image d'une faux.
Elle frappa la silhouette de l'homme, et après un dernier soubresaut, il mourut.
Le vent sembla cesser quelques secondes, et il reprit de plus belle, sifflant, applaudissant à tout rompre le spectacle de cette fatale destinée.
Tandis qu'un murmure, qui devint rapidement un chant enfantin, se fit entendre...
“- Le jeu, le jeu, le jeu...”
L'homme stoppa net en apercevant le cadavre. Il s'approcha, entortillant sa barbiche une nouvelle fois. Il avait cessé de sautiller. Il l'observa sous tous les angles pendant de longues minutes.
Et un grand sourire s'accrocha à son visage d'homme mûr. Ses yeux s'écarquillèrent, et il tapa du pied par terre en applaudissant.
Héhéhé, ça commence, ça commence, ça commence... !