[HRP: Cet écrit raconte le désespoir d'un personnage, Trucid (Oui, tous mes persos s'appellent Trucid, c'est compliqué à expliquer.). Il n'y aura pas de suite, j'ai juste ressenti l'envie de coucher mon désespoir sur papier, et ça donne ça... Voilà, voilà...]
Descente aux enfers.
La plainte d'un homme anéanti... Vibrant d'une détresse qui ne pouvait disparaître. Pas comme ça... Juste une larme, juste un pleur. Agenouillé en compagnie de son désespoir, il tremblait, en proie à la souffrance la plus terrible qu'il n'ai jamais vécu. Sa raison s'envola en même temps que ses espoirs. La corde qui le retenait hors du gouffre venait de rompre, le précipitant dans les abysses de la désolation.
Son coeur se serra. Il baissa la tête, et la pluie se mit à tomber, saluant son affliction.
Le poing fermé frappa le sol boueux, il voulait mourir.
Mais cela lui était impossible. Tout... Tout lui était refusé... Même le soulagement, il n'y avait pas droit. Plus maintenant.
Il finirait par succomber, succomber à cette vie de misère, succomber, simplement, pour pouvoir être enfin libre.
Il ne voulait pas... Mais son esprit virevolta dans ses souvenirs, se rappelant soudainement de la scène qui lui fut fatale. Elle partait. Et une onde incontrôlable dévasta sa conscience.
Alors qu'un éclair frappait le sol, ses sanglots reprirent de plus bel. Il se frottait les bras, geste mécanique destiné à le rassurer. Une présence. Quelqu'un pour le réconforter. Il aurait temps voulu avoir cette chance, en cet instant. Mais les rêves ne deviennent jamais réalité. Seul dans le noir, il luttait contre une vague qui l'emporterait corps et âme. Seul dans le noir, il n'était qu'une étoile éteinte, luttant désespérément pour ne pas disparaître totalement.
La carapace qu'il avait mis tant d'années à bâtir venait d'être balayée en un instant, répandant les morceaux de son être ravagé, les éparpillant aux quatre vents. Il lui faudrait du temps pour les retrouver... Et il savait que les élans de son coeur ne disparaîtrait jamais. Il ne retrouverait plus la douceur de celle qu'il avait perdu, il le savait à présent.
Noyé dans un torrent de larmes, un cri de souffrance monta du plus profond de lui, se perdant dans les airs tumultueux de la tempête. Il se recroquevilla au sol, maculant ses vêtements de boue dégoulinante. Il semblait ne plus contrôler les mouvements de ses bras, qui stimulait sa peau, cherchant une chaleur qu'il ne pouvait se donner. Une chaleur que seul un être aimé pouvait lui offrir.
Mais il n'y en avait plus.
Il ne pouvait s'aider. Il ne pouvait que souffrir.
Il accepta cette situation, inconsciemment. Son corps se détendit imperceptiblement, mais il put tenter de se redresser. Ses bras serrant toujours ses fragiles épaules, il posa son pied à plat sur le sol, poussant sur ses jambes meurtries pour se remettre debout.
Et cette scène s'imposa de nouveau à son esprit, monopolisant sa réflexion. Il la vit, une nouvelle fois, s'éloigner, tandis qu'il tendait doucement la main, lui criant qu'il l'aimait. Les larmes coulèrent, et rien n'y fit.
Il revint à la réalité, et un long gémissement plaintif, presque suppliant, lui échappa. Ses doigts agrippèrent fortement sa peau, allant presque jusqu'à la griffer profondément, tandis qu'il ferma les yeux, essayant de stopper le flot d'hémoglobine qui en sortait. Le sang avait remplacé l'eau. Ses larmes étaient taries, et c'était maintenant un chagrin écarlate qui vibrait en lui.
Il se mit à marcher, posant un pied, puis l'autre. Sans vraiment savoir où il allait. Il voulait oublier, mais c'était impossible. Il ne pouvait plus penser clairement, après tout.
Son pied s'enfonça dans la terre, plus profondément. Il accrocha la racine solide d'un arbre proche. Stoppé net dans sa marche, son deuxième pied glissa vers l'arrière, suivi par le premier. Les bras toujours serrés, il n'eut aucun moyen de se rattraper.
Il trébucha en avant, et sa tête s'enfonça dans la boue, avant que son corps ne suive entièrement.
Un léger craquement se fit entendre. Son épaule gauche venait de se déboîter, dans la chute, frappant contre une roche cachée. Il tourna la tête, la douleur inscrite à sa surface. Il descella ses lèvres pour crier, mais la boue pénétra sa bouche, se répandant tel un breuvage malsain dans sa cavité buccale. Il toussa, damné qu'il était. Il manqua de vomir, et un goût de bile se mêla à l'affreuse saveur terrestre qui jouait avec sa langue. Il resta immobile quelques secondes, avant de remuer. Il posa ses paumes au sol, et poussa pour se mettre à genoux. Ses yeux rougis se levèrent vers le ciel, ses pleurs se mêlaient à la terre meuble qui dégoulinait le long de ses joues. Il leva un poing sale vers les étoiles, et il hurla.
“- C'est ça ! Tu as ce que tu veux, maintenant ? Moque-toi de moi ! Dieu de misère !”
Un éclair répondit à cette injonction, frappant à quelques mètres de lui. Et il lui fut impossible de se retenir.
Il pencha la tête en avant, et il sentit avec dégoût un liquide qu'il ne pouvait que trop bien identifier, monta dans sa gorge.
Il ouvrit la bouche, et, dans un gargouillis, vomit un fluide verdâtre en quantité impressionnante. Ses habits furent souillés, tandis que l'horrible liquide continuait de jaillir du jeune homme. Les relents d'une nourriture qui depuis longtemps macérait en lui commencèrent à flotter dans l'air. À l'aide de son avant-bras, il essuya la commissure de ses lèvres, et entreprit une nouvelle fois de se lever. Il eut plus de succès cette deuxième fois.
Mais il n'arrivait pas à passer outre la douleur de son membre déboîté. Il la regarda, ses yeux toujours voilés par la tristesse écarlate qui s'y trouvait encore. Elle formait un angle étrange.
À sa droite, un arbre. Il s'en approcha, et mordit sa lèvre inférieure, le plus fort qu'il put.
Il prit son élan en tournant son corps. Et se balança l'épaule contre le tronc, de toute sa force. Un cri retentit dans les bois, mais il ne s'y était pas pris correctement, le désespoir annihilant sa capacité à réfléchir efficacement.
Et il recommença, inlassablement, tapant de plus en plus fort. Ses dents pénétrèrent sa lèvre, ajoutant le sang à la bile, mais il reflua le dégoût. Il fallait que cette épaule...
“- ... Se remette en place...”
Et un craquement retentit. Et la douleur s'estompa légèrement. C'était fait. Il se retourna, et se laissa tomber, assis, dos à l'arbre. Une grimace apparut sur sa face, alors que son imaginaire lui jouait encore de vicieux tours.
Il plia ses jambes, et passa ses bras autour d'elles, serrant le plus fort qu'il put. Personne n'était là pour l'aider dans cette épreuve.
Assis seul, au milieu des bois, couverts de résidus d'aliments, de boue, de sang, et de larmes.
Assis seul, avec son désespoir comme seul compagnon.
Assis seul,
Trucid était fini.